Natures mortes

les plaisirs de la table et les plaisirs de l'esprit - Musée de Naples (photo © Patricia Carles)

On ne peut regarder les natures mortes du Musée de Naples sans songer à Chardin. Velouté des pêches, transparences des verres et des carafes, reflets de l'argent guilloché, tout concourt à évoquer le maître de la peinture du XVIIIème siècle... Le rapprochement est moins étonnant qu'il n'y paraît puisque la découverte des peintures pompéiennes commençait à enthousiasmer quelques amateurs éclairés au XVIII° siècle.

Mais ces natures mortes sont aussi essentielles à la connaissance que nous pouvons avoir de la civilisation pompéienne. Elles nous racontent les usages et les valeurs des hommes et des femmes qui en ont décoré leurs maisons. Les "instrumenta scriptoria", le "nécessaire d'écriture" qui ornaient le triclinium de la maison de Julia Felix nous disent le souci culturel des classes montantes, désireuses de donner une dimension spirituelle à leur réussite matérielle : tablettes avec leur râcloir, stylets, encrier, calame et volumina le clament haut et fort, les nouveaux riches sont des amateurs éclairés du répertoire théâtral dont s'inspirent les scènes mythologiques peintes sur leurs murs, capables d'ailleurs de taquiner eux mêmes la Muse et pas seulement de tenir des livres de comptes...

Mais les plaisirs de l'esprit ne vont pas sans les plaisirs des sens à Pompéi et la nature morte unit malicieusement les deux registres. On pourrait d'ailleurs, à regarder ces images, reconstituer les menus des riches Pompéiens aussi sûrement qu'en lisant les recettes du célèbre Apicius. Poulet farci, oeufs et cailles, langouste au court bouillon, perdrix aux pommes, pigeons et murènes, volaille et civet de lapin, grives aux champignons, anchois et ramiers aux olives, asperges, galettes, encornets, coquillages et rougets garnissent les tables des heureux propriétaires des villas pompéiennes sans oublier, bien sûr, le flacon de garum en terre cuite, hermétiquement bouché. Arachides et dattes accompagnent le vin cuit, le vin clairet se boit avec le pâté d'oiseau en croûte et les pêches réclament la fraîcheur d'une eau limpide servie dans une carafe immatérielle à force de transparence...

Les riches flacons d'argent le disputent aux simples brocs et autres pots d'étain tandis que les coupes d'une finesse de cristal montrent la maîtrise des verriers romains, capables de plier la pâte docile à tous les usages : verres, tasses, carafes, vases, louches même déclinent cet art qui se joue des formes. Ailleurs, un panier d'osier joliment travaillé, un torchon à franges, une gibecière de tissu enfermant deux oiseaux morts et des amphores de terre cuite destinées aux offrandes funéraires rappellent des techniques plus prosaïques et plus rustiques.

Bref, c'est toute la civilisation morale et matérielle de Pompéi qui se donne à voir à travers ces quelques natures mortes...

 les trésors du lettré

 l'esprit et les sens

 nature morte aux verres
 

 

nature morte aux grenades 

 

 nature morte aux oeufs
 

   

 grives et champignons
 

 

 nature morte à la langouste
 

 
 

 volaille et pommes
 

 

 volailles et murènes
 
 

  volaille et lapin mort
 

 

   pêches et carafe
   

 
   

 pêches
 
 

 dattes, plat d'argent et verre de vin cuit
 

 

 perroquet et verrerie
 

 

 oiseaux, olives et poissons
 

 

  poissons, asperges, coquillages et panier
   

   

pain et grains 
 

 
 

  offrandes funéraires

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