A l'origine, le
marché se tenait sur le forum, la place publique.
Mais celui-ci fut peu à peu envahi par les banques, les
boutiques de luxe et le marché quitta le forum pour s'installer
dans des lieux spécialisés. Chacun y trouvait son
compte : les habitués du forum proprement dit pouvaient
se consacrer aux affaires publiques sans craindre l'envahissement
de la foule et les marchands pouvaient se livrer à leur
commerce sans pâtir des agitations de la vie politique.
D'abord réservé à la vente du poisson, dont
les odeurs fortes indisposaient peut-être les édiles
et autres personnalités en vue, le macellum servit bientôt
à toutes sortes de denrées alimentaires.
Le Macellum de Pompéi,
édifié au II° siècle avant J.C., remanié
à l'époque julio-claudienne, avait été
totalement détruit par le tremblement de terre de 62.
Il était en cours de reconstruction au moment de la catastrophe
et le forum avait donc retrouvé sa fonction ancienne en
attendant la fin des travaux. Le samedi était jour de
marché à Pompéi. Moyennant une taxe, dont
les archives de Caecilius Jucundus ont conservé la trace,
les marchands ambulants s'installaient sur les trottoirs à
un emplacement déterminé. A l'occasion des jeux,
profitant de l'affluence, ils dressaient leurs étals devant
l'amphithéâtre comme en témoigne la peinture
représentant la grande bagarre qui opposa Pompéiens
et Nucériens en 59 de notre ère.
Le macellum de Pompéi
avait trois entrées, l'une, à double porte, sur
le forum ; la deuxième, sur la rue des Augustales et la
troisième sur une rue transversale, la rue des Balcons
suspendus. Il se composait d'une vaste cour portiquée,
l'area, décorée de tableaux mythologiques
et de natures mortes alternant avec des motifs architecturaux.
Onze boutiques donnant
sur la cour s'alignaient contre le mur méridional du Macellum
qui longe une partie du forum. Chacune avait un étage
auquel on n'accédait, semble-t-il, qu'à l'aide
d'une échelle. Une autre rangée de boutiques, accotées
au mur nord, donnait sur l'extérieur. Les fouilles y ont
livré des figues, des pruneaux, des fruits en bocaux,
des raisins, des noisettes, des lentilles, du pain, des pâtisseries
et même des plats tout préparés, à
l'image de ceux que l'on devine sur les peintures décorant
la maison de Julia Felix.
Au centre de la
cour était érigée une tholos dodécagonale
dont ne subsistent que les bases de pierre. On y vendait les
poissons et les coquillages. Un bassin ou une fontaine, au centre,
permettait de garder au frais le poisson et de le laver après
l'avoir préparé pour la vente : on a retrouvé
quantité d'arêtes et d'écailles dans la canalisation
d'écoulement partant du centre de la tholos.
A l'est, se trouvait
le sacellum, un édifice consacré au culte
impérial. On accède à la pièce principale
par un escalier de cinq marches. Sur le piedestal, au centre,
était érigée la statue d'un empereur dont
on n'a retrouvé qu'un bras portant un globe. C'est probablement
l'empereur Claude. De part et d'autre, des niches latérales
abritaient quatre statues de marbre représentant la famille
impériale à la générosité
de laquelle on devait les travaux de reconstruction du Macellum.
D'un côté, Octavie, soeur d'Auguste et grand-mère
maternelle de Claude, et son fils, Marcellus (les originaux sont
conservés au Musée de Naples, on a installé
des copies sur le site) ; de l'autre, les statues d'Agrippine,
épouse de Claude, et de Néron, son fils adoptif.
Pompéi célébrait ainsi la lignée
d'Octavie, en qui Auguste avait mis tous ses espoirs. Néron,
qui avait épousé une Pompéienne, la belle
Poppée, est d'ailleurs célébré par
deux fois au Macellum puisqu'une peinture de la colonnade le
représente coiffé de laurier par une victoire ailée.
A côté de cette chapelle impériale, une autre,
plus petite, abritait les banquets rituels d'un collège
religieux dont on ignore s'il s'agit d'un collège aristocratique
ou d'un collège de riches affranchis. La troisième
pièce était une vaste boutique contenant un étal
en L derrière lequel les marchands pouvaient aisément
circuler. On y vendait de la viande, sur le comptoir de droite,
et du poisson, sur celui de gauche ; c'est du moins ce que suggèrent
les rigoles d'écoulement donnant sur la rue.
Les marchandages
devaient aller bon train au marché. La table des poids
et mesures, mensa ponderaria, était là
pour permettre à chacun de s'assurer de l'honnêteté
des marchands et éviter toute contestation. Elle était
abritée sur le forum, dans un petit édifice situé
en face du Macellum, creusé dans le mur du temple d'Apollon.
Il n'y a pas de
latrines au Macellum, les chalands devaient emprunter celles
du forum. |
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l'entrée
du macellum |
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le
marché aux poissons |
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la
colonnade |
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la
mensa ponderaria |
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le
Sacellum |
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statues
du Sacellum |
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marchands
de tissus |
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marchands
de vaisselle |
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le
bonimenteur |
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