La maison
de Vénus à la coquille doit son nom à
la peinture murale qui orne le jardin. Comme chacun sait, Vénus
- l'Aphrodite des Grecs - est née du sperme d'Ouranos
fécondant les flots et c'est précisément
à cette naissance, dont le peintre emprunte le sujet à
Hésiode, que nous assistons ici.
Si l'on en croit
Hésiode, c'est en effet par une castration que commence
la généalogie des dieux. A l'origine, écrit le poète
béotien, était Chaos, puis naquirent Gaïa,
la Terre aux larges flancs et le sombre Tartare et enfin l'Amour
"qui casse les membres et dompte les coeurs dans les
poitrines". "Gaïa enfanta d'abord Ouranos
couronné d'étoiles et le rendit son égal
en grandeur afin qu'il la couvrît tout entière et
qu'elle offrît aux bienheureux immortels une demeure toujours
tranquille". De cette union incestueuse, symbole de
la confusion originelle, naissaient en permanence des enfants
monstrueux mais Ouranos, à qui ils étaient odieux,
les empêchait de voir le jour et les retenait prisonniers
dans les entrailles de leur mère. C'est alors que Gaïa
conçut une terrible vengeance contre lui. Tirant l'acier
de son sein, elle fabriqua une grande faux et la confia à
Kronos (et non pas Chronos), son dernier né, le seul qui
osât s'attaquer à son père. "Le grand
Ouranos arriva, amenant la Nuit, et animé du désir
amoureux, il s'étendit sur la Terre de toute sa longueur,
poursuit Hésiode. Alors son fils, sorti de l'embuscade,
le saisit de la main gauche, et de la droite, agitant la faux
énorme, longue, acérée, il s'empressa de
couper l'organe viril de son père et le rejeta derrière
lui. Ce ne fut pas vainement que cet organe tomba de sa main
: toutes les gouttes de sang qui en découlèrent,
la Terre les recueillit, et les années étant révolues,
elle produisit les redoutables Erinyes, les Géants monstrueux,
chargés d'armes étincelantes et portant dans leurs
mains d'énormes lances, enfin ces nymphes qu'on appelle
Mélies sur la terre immense.
Kronos mutila de nouveau avec l'acier le membre qu'il avait coupé
déjà et le lança du rivage dans les vagues
agitées de Pontos : la mer le soutint longtemps, et de
ce débris d'un corps immortel jaillit une blanche écume
d'où naquit une jeune fille [...]. Bientôt, déesse
ravissante de beauté, elle s'élança sur
la rive, et le gazon fleurit sous ses pieds délicats.
Les dieux et les hommes appellent cette divinité à
la belle couronne Aphrodite, parce qu'elle fut nourrie de l'écume
des mers [...]. Accompagnée de l'Amour et du beau Désir,
le même jour de sa naissance, elle se rendit à la
céleste assemblée. Dès l'origine, jouissant
des honneurs divins, elle obtint du sort l'emploi de présider,
parmi les hommes et les dieux immortels, aux entretiens des jeunes
vierges, aux tendres sourires, aux innocents artifices, aux doux
plaisirs, aux caresses de l'amour et de la volupté."
En souvenir du mythe,
le peintre a représenté la déesse entourée
de deux putti, Eros et Himéros, "l'Amour et le
beau Désir", et il a doté l'un d'eux d'une
grande faux qui rappelle la castration d'Ouranos. Le dauphin
que chevauche celui-ci est l'un des symboles de Vénus.
Et puisque la déesse fait fleurir la nature sous ses pas,
il a semé ses panneaux de feuillages enchanteurs, tout
vibrants de pétales et d'oiseaux multicolores, qui redoublent
ceux du jardin... La rose, le myrte, les colombes, le cygne étaient
consacrés à Vénus. On lui donne aussi la
pomme ou la grenade comme attributs, la rose et le pavot aux
innombrables graines qui symbolise son inépuisable fécondité.
La coquille, symbole du sexe féminin pour les Grecs et
les Latins, va dans le même sens.
Vénus, déesse
de la volupté, de la beauté et de l'amour chantée
par Lucrèce, ne reste d'ailleurs pas longtemps seule :
elle compte d'innombrables amants, parmi lesquels Mars. C'est
pourquoi figure ici une statue du dieu de la guerre, debout sur
un socle, armé de sa lance et de son bouclier regardant
tendrement sa Vénus adorée. On le retrouve sur
le tableautin central d'un autre panneau mural en compagnie de
la déesse et de leur fils, Eros ou Antéros, à
moins qu'il ne s'agisse de Mercure auquel on prêtait également,
selon Cicéron, la paternité de Cupidon.
Vénus hante
aussi, plus discrètement, la cithariste que le peintre
a représentée en pendant de sa fileuse : car Aphrodite
(Vénus) avait reçu la cithare pour prix de sa victoire
à la lutte sur Hermès (Mercure). Est-ce à
dire que la domina de la maison se revendique elle-même
de la déesse ? Fileuse, elle incarne les vertus traditionnelles
de l'épouse romaine sous le patronage de Minerve ; cithariste,
elle a les grâces souriantes de l'amante... Protectrice du mariage,
Vénus était d'ailleurs priée par les jeunes
filles et les veuves qui souhaitaient un époux et qui
préféraient la voluptueuse déesse à
la sévère Junon, déesse de la fidélité
conjugale.
Les autres panneaux
sont indépendants de Vénus : on reconnaît
Léda et le cygne, une délicieuse Psyché
sur fond bleu, un canard entouré de trois congénères
qui semblent n'être que son reflet démultiplié,
des tableautins de paysages marins et des architectures monumentales
ornées de masques de théâtre. |
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