La maison de Vénus à la coquille

La maison de Vénus à la coquille - péristyle et jardin (photo © Patricia Carles)

 La maison de Vénus à la coquille doit son nom à la peinture murale qui orne le jardin. Comme chacun sait, Vénus - l'Aphrodite des Grecs - est née du sperme d'Ouranos fécondant les flots et c'est précisément à cette naissance, dont le peintre emprunte le sujet à Hésiode, que nous assistons ici.

Si l'on en croit Hésiode, c'est en effet par une castration que commence la généalogie des dieux. A l'origine, écrit le poète béotien, était Chaos, puis naquirent Gaïa, la Terre aux larges flancs et le sombre Tartare et enfin l'Amour "qui casse les membres et dompte les coeurs dans les poitrines". "Gaïa enfanta d'abord Ouranos couronné d'étoiles et le rendit son égal en grandeur afin qu'il la couvrît tout entière et qu'elle offrît aux bienheureux immortels une demeure toujours tranquille". De cette union incestueuse, symbole de la confusion originelle, naissaient en permanence des enfants monstrueux mais Ouranos, à qui ils étaient odieux, les empêchait de voir le jour et les retenait prisonniers dans les entrailles de leur mère. C'est alors que Gaïa conçut une terrible vengeance contre lui. Tirant l'acier de son sein, elle fabriqua une grande faux et la confia à Kronos (et non pas Chronos), son dernier né, le seul qui osât s'attaquer à son père. "Le grand Ouranos arriva, amenant la Nuit, et animé du désir amoureux, il s'étendit sur la Terre de toute sa longueur, poursuit Hésiode. Alors son fils, sorti de l'embuscade, le saisit de la main gauche, et de la droite, agitant la faux énorme, longue, acérée, il s'empressa de couper l'organe viril de son père et le rejeta derrière lui. Ce ne fut pas vainement que cet organe tomba de sa main : toutes les gouttes de sang qui en découlèrent, la Terre les recueillit, et les années étant révolues, elle produisit les redoutables Erinyes, les Géants monstrueux, chargés d'armes étincelantes et portant dans leurs mains d'énormes lances, enfin ces nymphes qu'on appelle Mélies sur la terre immense.
Kronos mutila de nouveau avec l'acier le membre qu'il avait coupé déjà et le lança du rivage dans les vagues agitées de Pontos : la mer le soutint longtemps, et de ce débris d'un corps immortel jaillit une blanche écume d'où naquit une jeune fille [...]. Bientôt, déesse ravissante de beauté, elle s'élança sur la rive, et le gazon fleurit sous ses pieds délicats. Les dieux et les hommes appellent cette divinité à la belle couronne Aphrodite, parce qu'elle fut nourrie de l'écume des mers [...]. Accompagnée de l'Amour et du beau Désir, le même jour de sa naissance, elle se rendit à la céleste assemblée. Dès l'origine, jouissant des honneurs divins, elle obtint du sort l'emploi de présider, parmi les hommes et les dieux immortels, aux entretiens des jeunes vierges, aux tendres sourires, aux innocents artifices, aux doux plaisirs, aux caresses de l'amour et de la volupté."

En souvenir du mythe, le peintre a représenté la déesse entourée de deux putti, Eros et Himéros, "l'Amour et le beau Désir", et il a doté l'un d'eux d'une grande faux qui rappelle la castration d'Ouranos. Le dauphin que chevauche celui-ci est l'un des symboles de Vénus. Et puisque la déesse fait fleurir la nature sous ses pas, il a semé ses panneaux de feuillages enchanteurs, tout vibrants de pétales et d'oiseaux multicolores, qui redoublent ceux du jardin... La rose, le myrte, les colombes, le cygne étaient consacrés à Vénus. On lui donne aussi la pomme ou la grenade comme attributs, la rose et le pavot aux innombrables graines qui symbolise son inépuisable fécondité. La coquille, symbole du sexe féminin pour les Grecs et les Latins, va dans le même sens.

Vénus, déesse de la volupté, de la beauté et de l'amour chantée par Lucrèce, ne reste d'ailleurs pas longtemps seule : elle compte d'innombrables amants, parmi lesquels Mars. C'est pourquoi figure ici une statue du dieu de la guerre, debout sur un socle, armé de sa lance et de son bouclier regardant tendrement sa Vénus adorée. On le retrouve sur le tableautin central d'un autre panneau mural en compagnie de la déesse et de leur fils, Eros ou Antéros, à moins qu'il ne s'agisse de Mercure auquel on prêtait également, selon Cicéron, la paternité de Cupidon.

Vénus hante aussi, plus discrètement, la cithariste que le peintre a représentée en pendant de sa fileuse : car Aphrodite (Vénus) avait reçu la cithare pour prix de sa victoire à la lutte sur Hermès (Mercure). Est-ce à dire que la domina de la maison se revendique elle-même de la déesse ? Fileuse, elle incarne les vertus traditionnelles de l'épouse romaine sous le patronage de Minerve ; cithariste, elle a les grâces souriantes de l'amante... Protectrice du mariage, Vénus était d'ailleurs priée par les jeunes filles et les veuves qui souhaitaient un époux et qui préféraient la voluptueuse déesse à la sévère Junon, déesse de la fidélité conjugale.

Les autres panneaux sont indépendants de Vénus : on reconnaît Léda et le cygne, une délicieuse Psyché sur fond bleu, un canard entouré de trois congénères qui semblent n'être que son reflet démultiplié, des tableautins de paysages marins et des architectures monumentales ornées de masques de théâtre.

 

 

 l'impluvium
 

 

le jardin vu de l''impluvium
 

 

le jardin
 

 

 la peinture du jardin
 

 
 

Vénus à la coquille
 

 

 oiseaux à la fontaine
 

 

 le dieu Mars 
 

 
 

le dieu Mars
 

   

 masque de théâtre
   

   

 oiseau
   

   

 oiseau
   

   

 oiseau
   

   

 oiseau
   

   

canards
   

 
   

Psyché ?
   

   

Mars, Eros et Vénus
   

   

 scène mythologique
   

 
   

 Léda et le cygne
   

   

 masque de théâtre
   

   

paysage
   

   

 paysage
   

   

 fileuse
   

   

cithariste

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