Les frères Vettii étaient de riches marchands et non de vulgaires tenanciers de bordel ! Cela ne les empêchait pas d'accueillir leurs visiteurs avec cette peinture d'un Priape dont le sexe vaut, littéralement, son pesant d'or. C'est en effet une bourse très rebondie qui équilibre le fléau de la balance dans laquelle le dieu pèse son phallus géant. A ses pieds, une corbeille de fruits mûrs, raisins et figues (?) mêlés, souligne, de manière redondante, les vertus fécondantes du dieu des jardins et des vergers. Prospérité économique et fertilité naturelle sont en effet liées dans l'imaginaire romain.
Les Vettii semblent vouer un culte tout particulier à Priape puisqu'une statuette du dieu ithyphallique, dont le sexe répandait généreusement l'eau fécondante, servait de fontaine dans l'atrium. Le visiteur était donc mis d'emblée sous la double protection du dieu tandis que les propriétaires s'assuraient ainsi contre les voleurs et contre le mauvais oeil.
Le phallus avait en effet sa place dans tous les endroits où l'on courait un danger : quittant les divinités protectrices de la rue (les lares compitales), les Vettii et leurs hôtes étaient immédiatement pris en charge par le pouvoir magique du phallus divin. Le mot "fascinum", dérivé de "fas" ("favorable") est d'ailleurs l'un des termes qui désignent le sexe masculin en latin et l'on portait souvent des phallus garnis de clochettes en amulettes. C'est sans doute pourquoi, là où nous "touchons du bois" pour conjurer le mauvais sort, les Siciliens ont encore parfois le réflexe de toucher leurs organes génitaux...