Situé au nord
du théâtre, entre la palestre samnite et le temple
de Jupiter Meilichius, cet édifice religieux, consacré
au culte oriental d'Isis, fut entièrement reconstruit
après le séisme de 62 sur les ruines du temple
primitif élévé au II° siècle
avant J.-C. C'est Numerius Popidius Celsinus, fils de Numerius,
qui a relevé à partir de ses fondations le temple
détruit par le tremblement de terre, indique l'inscription
surmontant l'entrée. |
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portique |
"Nu[merius]
Popidius N[umeri] fi[lius] Celsinus aedem Isidis terrae motu
conlapsam a fundamento p[ecunia] sua restituit. Hunc decuriones
ob liberalitatem cum esset annotum sex ordini suo gratis adlegerunt."
(Pour sa générosité, les décurions
ont décidé de l'accueillir dans leur assemblée
bien qu'il soit seulement âgé de six ans).
Le temple proprement
dit se dressait au centre d'un espace entouré d'un portique,
lui-même délimité par un mur d'enceinte. |
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mur
d'enceinte |
Un escalier de sept
marches menait au pronaos et à la cella
où se trouvaient les effigies d'Isis et d'Osiris. Le naos
est dit "prostyle tétrastyle" car il
est précédé d'un vestibule ou pronaos
qui a quatre colonnes seulement en façade. |
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pronaos et cella |
A droite et à
gauche de la cella, deux niches abritaient les statues
d'Anubis et d'Harpocrates. Anubis, le dieu à tête
de chacal, fils illégitime d'Osiris, était assimilé
à Hermès psychopompe pour le rôle qu'il jouait
dans le culte funéraire : censé conduire le défunt
à travers le royaume des morts et veiller à la
pesée des âmes, il était souvent représenté
tenant un sistre de la main droite et une sorte de caducée
de la main gauche. Harpocrates, quant à lui, était
l'équivalent grec du dieu Horus, fils d'Isis et d'Osiris. |
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niches
devant la cella |
Sur le côté, un petit édifice
était sans doute destiné aux "incubations
sacrées", ces rites divinatoires par lesquels
on pouvait recueillir les prescriptions d'un dieu, sous la forme
d'un songe, en dormant près de son sanctuaire. Cet difice
donnait accès à une pièce souterraine, un
"purgatorium" pour les sacra du culte. |
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petit
édifice |
C'est là que
la déesse, souvent associée à Sérapis-Esculape,
prescrivait ses remèdes aux malades venus la consulter,
pendant leur sommeil. De nombreuses inscriptions témoignent
de l'efficacité de ses ordonnances. On imaginait avoir
été guéri grâce à ses conseils,
"ex ejus monitu, jussu" ou "imperio". |
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petit
édifice |
Divinité par
excellence du syncrétisme, Isis condense en elle les traits
de plusieurs déesses grecques. Assimilée tantôt
à Artémis à cause du croissant de lune qui
ornait son front, tantôt à Vénus ou à
Junon, déesses de l'amour et du mariage, elle symbolise
aussi la terre nourricière et arbore les mêmes attributs
que Déméter (flambeaux, épis de blé,
corne d'abondance, serpents et ciste mystique). Elle veille,
comme Hécate, sur le royaume des morts et, divinité
marine (pelagia), protège les matelots du danger. |
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maquette |
Deux cérémonies
étaient célébrées dans le temple
d'Isis. Au lever du soleil, le prêtre ouvrait la porte
du temple pour "éveiller le dieu" et,
après des libations sur les autels, il tirait les rideaux
de lin qui cachaient la divinité, dévoilant ainsi
l'image aux croyants déjà regroupés devant
le temple. En début d'après-midi se déroulait
une deuxième cérémonie : l'officiant se
tournait vers les fidèles pour offrir à leur adoration
le vase contenant l'eau sacrée du Nil, émanation
d'Osiris, tandis que ses deux acolytes agitaient un sistre. |
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ibis |
Parmi les grandes fêtes
du culte isiaque, on peut signaler celle du Vaisseau d'Isis (Navigium
Isidis) le 5 mars. Ce jour-là, depuis l'Isium,
on portait en procession vers le rivage la statue de la déesse,
parée de ses plus beaux atours, et l'on relançait
à la mer les vaisseaux tirés à sec pendant
la mauvaise saison, signifiant ainsi la reprise de la navigation. |
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stucs |
Une autre fête
commémorait en novembre la "Passion" et
"l'Invention" d'Osiris. Ces Isia commençaient
le 12 du mois par des rituels de deuil accompagnés de
chants funèbres lors desquels prêtres et membres
des confréries mimaient le douloureux voyage d'Isis à
la recherche du corps d'Osiris, démembré par son
frère, le dieu Seth. |
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stucs |
Deux jours plus tard,
la joie succédait à la douleur pour célébrer
"l'Invention du dieu ". Les initiés parcouraient
les rues en criant : "Nous l'avons trouvé, nous
nous réjouissons !" avant de terminer la journée
par des banquets. |
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stucs |
Le plus grand attrait
du monument réside dans l'ornementation qui décorait
les murs. Malheureusement ces fresques ont été
scindées en "tableaux" au moment de leur
découverte, mais on a pu reconstituer leur dimension originale
au Musée de Naples et leur polychromie est restée
intacte |
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Les parois du portique,
peintes en rouge, étaient scandées par des fragments
d'architecture ornés de vignettes représentant
souvent des prêtres d'Isis.
La salle qu'on avait
aménagée à l'arrière du temple en
empiétant sur la "palestre samnite" présentait
une colonnade de marbre en trompe-l'oeil, ponctuée de
tableaux divers à dominante onirique, paysages égyptiens,
architectures fantastiques, vases précieux, figures de
pêcheurs et d'ibis, statues d'Isis. |
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Peu de monuments nous
sont parvenus dans un tel état de conservation. La restauration
entreprise par Popidius Ampliatus témoigne à la
fois de l'ascension sociale des affranchis au cours du 1°
siècle et de l'importance des cultes orientaux pour la
nouvelle dynastie flavienne. Vespasien, proclamé empereur
à Alexandrie, a reçu l'investiture sacrée
de Sérapis et non de Jupiter Capitolin, comme le voulait
la tradition. |
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