Concours CICERO 2011: la légende des Argonautes

A la demande de mon collègue, Thierry Grandjean, j'ai le plaisir de proposer un espace au forum de l'ALPLA
La CNARELA ayant supprimé le lien vers ce sous-forum créé à sa demande, il sera désormais verrouillé (pas de nouveau message) mais la suppression du mot de passe rendra les messages présents accessibles à tous.

Modérateurs: Faustula, Kostas

Concours CICERO 2011: la légende des Argonautes

Messagepar Kostas » 20 Novembre 2010, 11:17

Chers collègues,
l'ALPLA soutient activement le Concours CICERO. Nous vous invitons à participer à la session 2011, dont le thème passionnera de nombreux lycéens de la Seconde aux CPGE et les étudiants de Licence (L1 à L3): "la légende des Argonautes". Nous avons la chance d'avoir dans notre Académie un centre à Nancy. Comme le précise notre collègue Patrick Voisin, les candidatures sont individuelles, ce qui permet aux meilleurs élèves de se distinguer, comme ceux du Lycée Saint-Sigisbert de Nancy en 2010. Vous trouverez ci-dessous dans le message de Patrick Voisin tous les liens utiles pour plus de renseignements.
Pour aider les candidats et enrichir leur culture, nous vous proposons de mettre en ligne sur le Forum de l'ALPLA les textes, les cartes géographiques, les arbres généalogiques, les documents sur les Argonautes que vous souhaiteriez échanger. Merci beaucoup pour vos contributions.
Bon voyage à bord de la nef Argo jusqu'aux confins de la Colchide avec "cestuy-là qui conquit la toison" !
Bien cordialement,
Kostas


Message du 15/10/10 16:26
De : "Concours Cicero"
Objet : Concours Cicero 2011

INFORMATION GENERALE

Le Concours Cicero, concours international de langue latine et de culture antique, auquel participent six pays européens (France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Andorre, Belgique) ainsi que la Tunisie, l'Australie, la Nouvelle-Zélande - dans l'attente de confirmations de la part du Sénégal et des Etats-Unis -, aura lieu le samedi 26 mars 2011 dans les cinq centres ouverts à ce jour : Paris, Nancy, Strasbourg, Avignon et Lille. Il a reçu le soutien chaleureux de l'Inspection générale des lettres par courrier en date du 7 octobre 2010 (voir site du Concours Cicero).

Toute candidature émanant de professeurs pour ouvrir un centre de composition dans une autre académie que celle des cinq centres nommés sera étudiée et pourra donner lieu à une mise en place immédiate... Ne pas tarder ! Le Concours Cicero doit permettre aux élèves et aux étudiants d'autres régions de faire vivre les langues et cultures de l'antiquité.

Dans l'immédiat les élèves et les étudiants qui souhaitent concourir peuvent s'inscrire ; les inscriptions sont individuelles.

Le thème culturel sera cette année : La légende des Argonautes.

Toutes les précisions sont d'ores et déjà en ligne sur le site français du concours :

Page d'accueil http://concourseuropeencicerofr.blogspot.com/

Page spécifique 2011 http://concourseuropeencicerofr.blogspo ... ition.html

Bien cordialement. Patrick Voisin, directeur du Concours Cicero.
Kostas
 
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Argos construit la nef Argo

Messagepar Kostas » 21 Décembre 2010, 16:30

"L'EXPÉDITION DES ARGONAUTES
ou LA CONQUÊTE DE LA TOISON D'OR - CHANT PREMIER
C'est en t'invoquant, divin Apollon, que je commencerai à célébrer la gloire de
ces anciens héros qui, par l'ordre du roi Pélias, firent voguer le navire
Argo à travers l'embouchure du Pont-Euxin et les rochers Cyanées pour
conquérir une toison d'or.
Ton oracle avait prédit à Pélias qu'il périrait par les conseils d'un homme
qu'il verrait paraître en public avec un seul brodequin. Peu de temps s'était
écoulé depuis ta prédiction, lorsque Jason, traversant à pied l'Anaurus,
laissa l'un des siens au fond du fleuve. Il se rendait alors à un sacrifice que
Pélias offrait à Neptune et aux autres divinités. Junon seule n'y était pas invoquée.
A la vue de Jason, Pélias se souvint de l'oracle ; et pour se soustraire au
danger qui le menaçait, il commanda au héros d'entreprendre une navigation
dangereuse, espérant qu'il périrait au milieu des mers ou des nations
étrangères.
Argus, s'il faut en croire la renommée qui a transmis son nom d'âge en âge,
construisit le vaisseau sous les ordres mêmes de Minerve."
Apollonios de Rhodes, Les Argonautiques, chant I, vers 1-19, traduction française de Jean-Jacques Antoine Caussin de Perceval, L'Expédition des Argonautes ou La Conquête de la Toison d'or, 1796.
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La liste des Argonautes

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 11:13

"Pour moi, inspiré par
les Muses, je dirai l'origine et le nom des héros qui le montèrent, les mers
qu'ils parcoururent et les exploits par lesquels ils se signalèrent en errant
sur divers rivages.
Orphée sera le premier objet de mes chants, Orphée, fruit des amours d'Éagrus
et de Calliope, qui lui donna le jour près du mont Pimplée. Les rochers
et les fleuves sont sensibles aux accents de sa voix, et les chênes de la
Piérie, attirés par les doux sons de sa lyre, le suivent en foule sur le rivage
de la Thrace, où ils attestent encore le pouvoir de son art enchanteur. Ce
fut par les conseils de Chiron que le fils d'Éson reçut au nombre de ses
compagnons le chantre divin qui régnait sur les Bistoniens.
Astérion accourut un des premiers pour partager la gloire de cette expédition.
Cométès son père, habitait Pirésies, située près du mont Phyllée, à
l'endroit où l'Apidan et l'Énipée mêlent ensemble leurs eaux.
Animé de la même ardeur, Polyphème abandonna le séjour de Larisse, Polyphème qui
s'était autrefois signalé dans le combat des Lapithes et des Centaures. Il
était alors le plus jeune des Lapithes ; aujourd'hui son corps est appesanti par
les années, mais son courage est toujours aussi intrépide.
Iphiclus ne tarda point à quitter Phylacé, frère d'Alcimède, mère de Jason, les
liens du sang l'excitaient à voler au secours de son neveu.
Le roi de Phères, le brave Admète, ne voulut point rester à l'ombre du mont Chalcodon, qui couvre celle ville
opulente.
Deux fils de Mercure, Erytus et Échion, distingués par leurs richesses et
savants dans l'art d'employer habilement la ruse, quittèrent bientôt Alopé.
Éthalide, autre fils du même dieu, se joignit à eux. Eupolèmie, fille de
Myrmidon, l'avait mis au monde sur les bords de l'Amphryse. Les deux autres
avaient pour mère Antianire, fille de Ménétus.
Coronus, habitant de Gyrtone, était fils de Cénée. Tout brave qu'il était, il ne
surpassait pas son père, qui avait mis en fuite les Centaures et les poursuivait
avec ardeur lorsque le voyant seul et éloigné de ses compagnons, ils se
rallièrent et vinrent fondre tous ensemble sur lui. Malgré leurs efforts, ils ne
purent ni le blesser ni l'abattre; mais toujours ferme et invulnérable, il
s'enfonça tout vivant dans les entrailles de la terre, cédant aux coups des
énormes sapins dont ils étaient armés.
Mopsus, habitant des bords du Titarèse, instruit par Apollon lui-même dans la
science des augures, Eurydamas, fils de Ctimènus, habitant de la ville de
Ctiméne, près du lac Xynias, Ménoelius, envolé d'Oponte par son père
Actor, voulurent aussi partager, la gloire et les dangers de cette entreprise.
Eurytion, le vigoureux Éribotès, celui-ci fils de Téléon, l'autre d'Irus, fils
d'Actor, suivirent leur exemple. Avec eux marchait Oïlée, aussi célèbre par sa
bravoure qu'habile à poursuivre un ennemi qu'il a mis en fuite.
L'Eubée vit sortir de son sein ses plus illustres habitants. Canthus suivait
avec joie les ordres de son père Canéthus, fils d'Abas. Il ignorait,
l'infortuné! qu'il ne reverrait jamais Cérinthe sa patrie, et qu'il périrait
avec le devin Mopsus sur les confins de la Libye. Faibles humains, il n'est donc
pas de malheur si imprévu qui ne puisse nous arriver! Ces deux guerriers sont
ensevelis dans la Libye, et la Libye est aussi éloignée de Colchos, que l'orient
l'est de l'occident. Clytius et Iphitus, qui régnaient dans Échalie, étaient
fils du cruel Eurytus, Eurytus à qui l'arc qu'il avait reçu d'Apollon devint
fatal, aussitôt qu'il eut la témérité de disputer d'adresse avec son
bienfaiteur.
Télamon et Pélée, tous deux fils d'Éacus, n'arrivèrent cependant pas ensemble.
Obligés de sortir d'Égine à cause du meurtre involontaire de leur frère Phocus,
ils avaient transporté leur séjour dans des lieux différents. Télamon habitait
l'île de Salamine, et Pélée la ville de Phtie.
Le vaillant Butés, fils du brave Téléon, et le belliqueux Phalère avaient quitté
le pays où régna Cécrops. Quoique Phalère fût le seul rejeton d'Alcon, le fruit
de sa vieillesse et le soutien de ses jours, son père lui-même lui avait ordonné de partir pour se signaler
parmi tant de héros.
Tu ne pus les accompagner, illustre descendant d'Érechtée, généreux Thésée! Un
lien fatal te retenait alors dans les cachots souterrains du Ténare, où tu avais
suivi ton ami Pirithoüs. Sans doute votre valeur aurait, été pour les Argonautes
un puissant secours!
Tiphys, fils d'Agnias, habile à prévoir les tempêtes et à diriger un navire, en
observant tantôt le soleil et tantôt l'étoile du nord, partit de Sipha,
ville des Thespiens, pour se joindre aux héros qui souhaitaient de l'avoir pour
compagnon. Minerve elle-même lui en avait inspiré le dessein ; Minerve dont les
mains divines construisirent avec Argus ce vaisseau fameux, supérieur à tous
ceux qui ont fendu jusqu'ici le sein des flots.
Phlias, riche des dons de Bacchus son père, habitait la ville d'Aréthyrie,
près des sources de l'Asopus.
Talaüs, Aréius, le brave Léodocus, tous habitants d'Argos, étaient fils de Bias
et de Péro, que Mélampus obtint pour son frère, après avoir enduré bien des maux
dans les étables d'Iphiclus.
Hercule, l'invincible Hercule, ne dédaigna pas lui-même de se rendre aux vœux de
Jason. Il revenait alors d'Arcadie, d'où il avait rapporté sur ses larges
épaules le fameux sanglier d'Érymanthe, qu'il avait exposé tout vivant et chargé
de liens aux yeux des habitants de Mycènes. C'était de lui-même et sans l'ordre
d'Eurysthée qu'Hercule marchait à cette expédition. Son fidèle Hylas
l'accompagnait, Hylas, en qui brillait la fleur de la première jeunesse, qui
portait l'arc et les flèches du Héros.
Avec eux vint Nauplius, issu d'un héros du même nom, célèbre par son habileté
dans l'art de la navigation, fruit des amours de Neptune et de la belle Amymone,
fille du divin Danaüs.
Idmon fut le dernier de ceux qui arrivèrent d'Argos. La science des augures lui
avait appris qu'il marchait à une mort certaine. Il partit cependant pour ne
point flétrir sa réputation. Quoiqu'il passât pour fils d'Abas et descendant
d'Eolus, il avait eu pour père Apollon, qui lui enseigna l'art de prévoir
l'avenir en observant le vol des oiseaux et les entrailles des victimes.
Le vigoureux Pollux, Castor habile à dompter les coursiers, tous deux fruits
d'un seul et pénible enfantement, furent envoyés de Sparte par leur mère
elle-même, fille d'un roi d'Étolie. Léda ne craignit point de se séparer de ses
enfants chéris car elle concevait pour eux un destin digne des rejetons de Zeus.
Les fils d'Apharée, Lyncée et le violent Idas, pleins de confiance dans leurs
forces extraordinaires, étaient sortis d'Arène. Lyncée, si l'on en croit la
renommée, portait ses regards perçants jusque dans les entrailles de la terre.
Périclymène, l'aîné des enfants qui naquirent à Nélée dans la ville de Pylos,
marchait avec eux. Neptune lui avait donné une force invincible et le pouvoir de
prendre en combattant toutes sortes de formes.
Deux fils d'Aléus, Amphidamas et Céphée, habitants de la ville de Tégée et de
cette partie de l'Arcadie qui échut en partage à Aphidas, étaient
accompagnés d'Ancée, fils de Lycurgue, leur frère aîné. Obligé de rester
lui-même près du vieux Aléus pour avoir soin de ce père chéri, Lycurgue avait
envoyé son fils avec eux. En vain, pour le retenir, Aléus avait fait cacher ses
armes. Le bras gauche couvert de la peau d'un ours du mont Ménale, il agitait de
la main droite une énorme hache à deux tranchants.
Augée, que la renommée disait issu du Soleil, régnait sur les habitants de
l'Élide. Fier de ses richesses, il souhaitait avec passion de voir la Colchide
et le roi Eétès.
Poussés par le même désir, Astérius et Amphion, fils d'Hypérasius, sortirent de
Pellène, bâtie par leur aïeul Pellès sur le rivage de la mer qui borde l'Achaïe.
Euphémus quitta le promontoire Ténare ; Euphémus, issu de Neptune et
d'Europe, fille du géant Tityus, qui pouvait courir sur les flots en mouillant
seulement la plante de ses pieds.
Deux autres fils du même dieu, Erginus, le fier Ancée, habiles dans l'art de
combattre et de conduire un vaisseau, étaient partis l'un de l'illustre Milet et
l'autre de Samos, demeure de Junon Imbrasienne.
Le fils d'OEnée, Méléagre, à peine sorti de l'enfance, parut aussi parmi ces
héros. S'il fût resté encore un an à Calydon, Hercule seul eût pu l'emporter sur
lui. Le soin de sa conduite était confié à Laocoon, déjà avancé en âge, né du
même père qu'OEnée, mais d'une mère esclave. Il était encore accompagné
d'Iphiclus, son oncle maternel, aussi habile à lancer un javelot qu’à combattre de près l'ennemi.
Au milieu d'eux, on voyait s'avancer à pas inégaux, Palémonius, fils de Lernus,
ou plutôt du dieu Vulcain. Tout boiteux qu'il était, il fut admis parmi les
héros armés pour la gloire de Jason, et sa valeur le mettait au-dessus de toute
insulte.
Le lien sacré de l'hospitalité unissait avec Jason Iphitus, fils de Naubolus et
petit-fils d'Ornytus. C'était en allant à Delphes consulter l'oracle sur son
expédition, que le fils d'Éson avait été reçu chez ce généreux habitant de la
Phocide.
Deux fils de Borée, Calas et Zéthès, attiraient sur eux les regards étonnés.
Leur mère Orithye se jouait sur les bords de l'Ilissus, lorsqu'elle fut
tout à coup enlevée par Borée, qui la transporta jusqu'aux extrémités de la
Thrace et, l'enveloppant de nuages épais, lui ravit sa virginité près du rocher
de Sarpédon et du fleuve Erginus. Les fruits de cet hymen, touchant légèrement
la terre de leurs pieds, agitaient de larges ailes parsemées d'étoiles d'or. Une
épaisse chevelure flottait au gré du vent sur leurs épaules.
Acastus lui-même, fils du roi Pélias, ne put se résoudre à rester oisif dans le
palais de son père. Bientôt il devait se joindre aux Argonautes, aussi bien
qu'Argus qui avait construit le vaisseau sous les ordres de Minerve.
Tels étaient les compagnons de Jason, qui, descendus comme lui la plupart des
filles de Minyas, se faisaient appeler les princes Minyens
.
(Apollodore, Argonautiques, chant I, vers 20-228)
Kostas
 
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Les Argonautes prêts à partir d'Iolcos

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 11:22

Les Argonautes devant la nef Argo
Pièces jointes
Les argonautes.jpg
Image du film "Jason et les Argonautes" produit par Ray Harryhausen
Les argonautes.jpg (43.96 Kio) Consulté 3632 fois
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Les adieux des habitants d'Iolcos

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 11:50

"Déjà tout était préparé pour le départ, et ils traversaient la ville d'Iolcos
pour se rendre au port de Pagases, sur le rivage de la Magnésie. Le peuple
accourait en foule sur leur passage. Couverts de leurs armes, ils s'avançaient à
grands pas au milieu de cette multitude, semblables à des étoiles, dont l'éclat
perce à travers les nuages : "Grand Jupiter, disait-on, autour d'eux, quel est
donc le dessein de Pélias ? et pourquoi envoyer loin de la Grèce un si grand
nombre de héros ? Sans doute le jour même qu'Eétès refusera de leur livrer la
brillante Toison, objet de leurs désirs, il verra son palais devenir la proie
des flammes. Mais, hélas! que de chemin à parcourir ! que de dangers à essuyer ! "
Tandis que les hommes parlaient ainsi, les femmes, levant leurs mains au ciel,
priaient les dieux d'accorder aux Argonautes un heureux retour et s'adressant l'une à l'autre, elles se lamentaient en versant des larmes :
"Mère infortunée, pauvre Alcimède, le sort, qui t'avait épargnée si longtemps,
te fait aujourd'hui sentir ses rigueurs et tu n'as pu goûter le bonheur
jusqu'à la fin de tes jours ! Et toi, malheureux Eson,
ne vaudrait-il pas mieux que tu fusses déjà descendu dans le tombeau ! Plût aux
dieux que le flot qui fit périr Hellé eût aussi précipité Phrixus et son bélier
dans la mer ! Mais non, par un prodige effroyable, l'animal fit entendre une
voix humaine pour être cause un jour du malheur d'Alcimède.
Cependant la mère de Jason, environnée d'une troupe d'esclaves et de femmes
éplorées, tenait son fils serré dans ses bras ; tandis que Éson, accablé sous le
poids des ans et retenu dans son lit, s'enveloppait le visage et étouffait ses
sanglots. Le héros, après avoir tâché de les consoler, demande enfin ses armes.
Des esclaves consternés les lui prèsentent en gardant un morne silence. Alcimède
sent alors redoubler sa douleur et, tenant toujours son fils embrassé, elle
verse des torrents de pleurs. Telle une jeune fille qu'un sort cruel, après lui
avoir enlevé tous ses parents, a réduite à vivre sous l'empire d'une marâtre qui
lui fait tous les jours essuyer de nouveaux outrages, lorsqu'elle se trouve
seule avec sa fidèle nourrice, se jette entre ses bras, laisse éclater sa
douleur et donne un libre cours à ses larmes : "Malheureuse que je suis,
s'écriait Alcimède, plût aux dieux que j'eusse rendu le dernier soupir le jour
même où j'ai entendu Pélias prononcer cet ordre fatal ! Tu m'aurais toi-même
ensevelie de tes mains, ô mon cher fils ! C'est le seul devoir que j'avais
encore à attendre de toi, puisque j'ai déjà reçu, dans tout le reste, la
récompense des soins que m'a coûtés ton enfance. Mais maintenant, abandonnée
comme une esclave, moi dont toutes les femmes thessaliennes enviaient autrefois
le bonheur, je sécherai de douleur dans un palais désert, privée d'un fils qui
faisait toute ma gloire, pour qui seul j'ai délié ma ceinture et imploré le
secours de Lucine. Car la déesse, pour me rendre cette faveur plus chère, ne
voulut pas qu'elle fût suivie d'aucune autre. Cruelle destinée ! l'aurais-je pu
jamais penser, que la fuite de Phrixus serait la source de mon malheur! "
Tandis qu'Alcimède se plaignait ainsi d'une voix entrecoupée de sanglots, ses
femmes attendries, gémissaient autour d'elle : "Ma mère, lui répondit tendrement
Jason, cessez de me déchirer par cet excès de douleur. Vos larmes, au lieu de
remédier à mes maux, ne font que les irriter. Les dieux dispensent à leur gré
les malheurs aux faibles mortels. Supportez avec courage ceux qu'ils vous
envoient, quelque cruels qu'ils soient. Ayez confiance dans la protection de Minerve, dans les oracles d'Apollon,
enfin dans le secours de tant de héros.
Surtout, restez dans ce palais avec les femmes qui vous entourent et n'apportez
pas par vos pleurs un sinistre prèsage au départ du vaisseau vers lequel mes
amis et mes esclaves vont m'accompagner."
Il dit et s'avance à grands pas hors du palais. Tel qu'on voit Apollon dans
l’île de Délos, à Delphes, à Claros, ou dans les plaines de la Lycie, sur les
bords du Xanthe, lorsque sortant de son temple, parfumé d'encens, il paraît aux
yeux des mortels, tel Jason marchait à travers la foule du peuple, qui faisait
retentir l'air de ses acclamations. La vieille Iphias, prêtresse de Diane,
déesse tutélaire de la ville, se rencontrant sur son passage, lui baisa la main
droite. Elle aurait aussi voulu lui parler, mais la foule plus alerte la
repousse, et Jason est déjà loin d'elle."
(Apollodore, Argonautiques, chant I, vers 234-316)
Kostas
 
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Sur les différentes listes des Argonautes

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 13:25

Selon les poètes et les mythographes, les listes des Argonautes présentent des différences. Le site Mythologica.fr compare les effectifs, dresse une liste (non exhaustive), cite plusieurs sources et propose des liens.
Adresse: http://mythologica.fr/grec/argonaute.htm

LA LISTE DES ARGONAUTES
De nombreuses listes des Argonautes furent dressées à différentes époques et ne comportent toujours pas le même nombre de participants; Orphée en mentionne 49 hommes, Apollodore 45, Apollonius 64 et Diodore 54.
* Acaste, fils du roi Pélias
* Actor, fils de Déion le Phocien
* Admète, prince de Phères
* Amphiaraos, le devin d'Argos
* Le Grand Ancée de Tégée, fils de Poséidon
* Le Petit Ancée, Lélège de Samos
* Argos le Thespien, qui construisit l'Argo
* Ascalaphos d'Orchomène, fils d'Arès
* Astérios, fils de Cométès, un Pélopien
* Atalante de Calydon, la vierge chasseresse et la seule femme de l'expédition.
* Augias, fils du roi Phorbas d'Elide
* Boutès d'Athènes, l'apiculteur
* Caenée le Lapithe, qui avait été femme
* Calaïs, frère de Zétès et fils ailé de Borée
* Canthos d'Eubée
* Castor, le lutteur Spartiate, l'un des Dioscures
* Céphée, fils d'Aléos l'Arcadien
* Coronos le Lapithe, de Gyrton en Thessalie
* Echion, fils d'Hermès, le héraut
* Erginos de Milet
* Euphémos de Ténare, le nageur
* Euryale, fils de Mécistée, un des Epigones
* Eurydamas le Dolopien, du lac Xynias
* Héraclès de Tirynthe, l'homme le plus fort qui ait jamais vécu
* Hylas le Dryope, l'écuyer d'Héraclès
* Idas, fils d'Apharée, de Messène
* Idmon d'Argos, fils d'Apollon
* Iphiclès, fils de Thestios l'Etolien
* Iphitos, frère du roi Eurysthée de Mycènes
* Jason, le capitaine de l'expédition
* Laërte, fils d'Acrisios d'Argos
* Lycée, l'homme à la vue perçante, frère d'Idas
* Mélampous de Pylos, fils de Poséidon
* Méléagre de Calydon
* Mopsos le Lapithe
* Nauplios l'Argien, fils de Poséidon, navigateur éprouvé
* Oïlée, le Locrien, père d'Ajax
* Orphée, le poète Thrace
* Palaemon, fils d'Héphaïstos,un Etolien
* Pelée le Myrmidon
* Pénéléos, fils d'Hippalvimos, le Béotien
* Périclyménos de Pylos, fils de Poséidon qui avait reçu le don de métamorphose
* Phaléros, l'archer athénien
* Phanos, le fils Crétois de Dionysos
* Poeas, fils de Thaumacos le Magnésien
* Pollux, le boxeur Spartiate, l'un des Dioscures
* Polyphème, fils d'Elatos, l'Arcadien
* Staphylos, frère de Phanos
* Tiphys, le timonier de Siphae en Béotie
* Zétès, frère de Calaïs, fils de Borée
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Les familles de Jason, Médée, Phrixos et Hellê

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 16:46

Pour comprendre la légende des Argonautes en général, la quête de la Toison d'or et l'épisode de Phrixos et Hellê en particulier, il faut connaître parfaitement les relations qui se nouent entre Jason, Médée et leurs familles. Voici les arbres généalogiques de Jason et de Médée. Nous y ajoutons la généalogie de Phrixos et Hellê, qui appartiennent à la famille de Jason, puisqu'ils ont un ascendant en commun: Athamas.
Pièces jointes
Arbre généalogique de Jason.gif
Arbre généalogique de Jason.gif (8.04 Kio) Consulté 3628 fois
Arbre généalogique de Médée.gif
Arbre généalogique de Médée.gif (3.64 Kio) Consulté 3628 fois
Arbre généalogique de Phrixos et Hellê.gif
Arbre généalogique de Phrixos et Hellê.gif (4.8 Kio) Consulté 3628 fois
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Athamas, Phrixos et Hellê, le bélier Chrysomallos

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 21:20

Après avoir fait connaissance des principaux acteurs de cette légende, nous devons remonter à l'épisode de Phrixos et Hellê pour comprendre l'importance de la Toison d'or et la nécessité d'en faire la conquête. Cette Toison d'or est celle du bélier Chrysomallos (littéralement "touffe de laine en or"), une créature fantastique douée de parole et représentée sous les traits d'un bélier ailé à la toison et aux cornes d'or. Ce bélier a été offert par le dieu Hermès pour sauver les enfants de Néphélé et d'Athamas, Phrixos et Hellé. Toute l'histoire commence donc chez le roi béotien Athamas. Ecoutons la légende racontée par Apollodore:
"Pour ce qui concerne les fils d'Éole, Athamas régna sur la Béotie, et, de Néphélé, il eut un fils Phrixos, et une fille Hellê. Puis il épousa Ino, de laquelle il eut Léarchos et Mélicerte. Mais Ino voulait se débarrasser des enfants de Néphélé. Alors, elle persuada toutes les femmes d'assécher les graines destinées aux semailles : les femmes prirent les graines en cachette de leurs maris et les firent sécher. Quand ensuite les graines furent semées, la terre, naturellement, ne donna pas la récolte habituelle. Alors Athamas envoya ses ambassadeurs à Delphes pour demander au dieu ce qu'il convenait de faire pour éloigner la disette. Et Ino persuada les messagers de lui rapporter une fausse réponse : la terre redeviendrait fertile si Phrixos était sacrifié à Zeus. Athamas écouta la réponse et, contraint par les habitants de la région, il mena Phrixos sur l'autel du dieu. Mais Néphélé l'enleva, et sa fille avec, et elle leur donna un bélier à la toison d'or - don d'Hermès : les deux enfants montèrent dessus, et le bélier les emmena à travers le ciel, survolant les terres et les mers. Quand ils arrivèrent au bras de mer, qui s'étend entre Sigée et la Chersonèse, Hellê tomba au fond de l'Océan et mourut ; dès lors, ce détroit s'appelle l'Hellespont, en son honneur. Phrixos, lui, atteignit la Colchide, où régnait Éétès, fils d'Hélios et de Perseis, frère de Circé, et de Pasiphaé qui épousa Minos. Éétès l'accueillit, et lui donna pour femme l'une de ses deux filles, Chalciopé. Alors Phrixos sacrifia le bélier à la toison d'or à Zeus protecteur des exilés, et offrit sa peau à Éétès, qui la cloua sur un chêne dans le bois sacré à Arès. De Chalciopé, Phrixos eut Argos, Mélas, Phrontis et Cytissoros."
(Apollodore, Bibliothèque, I, 9, 1, traduction d'Ugo Bratelli, 2001)
Ainsi la Toison d'or est un présent d'hospitalité et un don de Phrixos à son beau-père Eétès, père de Chalciopé et de Médée. Jason et les Argonautes reçoivent de Pélias la mission de récupérer la Toison du bélier.
A cette légende est associé un mythe étiologique, destiné à expliquer l'origine du nom "Hellespont", qui signifie littéralement "mer d'Hellé". De même, on se souvient que la mer icarienne tire son nom du fils de Dédale, Icare (Ovide, Métamorphoses, livre VIII), et la mer Egée de celui du roi d'Athènes (Plutarque, Vie de Thésée, XX), tous deux tombés dans les flots.
Pièces jointes
Phrixos et Hellê.jpg
Phrixos et Hellê, d'après une fresque antique
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La géographie mythique: l'Hellespont et les Symplégades

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 22:13

Pour comprendre les motivations et l'itinéraire des Argonautes, il faut connaître à la fois la géographie de la Grèce et de l'Orient, mais aussi les lieux légendaires.
Commençons par les lieux mythiques. L'épisode de Phrixos et Hellé a montré l'origine du nom de l'Hellespont, désignation antique du détroit des Dardanelles (passage qui relie la mer Egée à la Propontide (actuelle mer de Marmara).
L'autre détroit de la Turquie, le détroit du Bosphore, est également important dans la légende des Argonautes. Il est aussi lié au passage d'un animal mythologique, puisque le Bosphore signifie d'après l'étymologie populaire "le passage de la vache" (à savoir Io, la jeune fille aimée de Zeus, que le dieu métamorphosa en vache). C'est l'extrémité nord du Bosphore qui concerne la légende des Argonautes, puisque Jason doit éviter le danger des Roches cyanées, également appelées les Symplégades. Dans la mythologie, ce sont les deux falaises situées à l'embouchure nord du Bosphore, dans la mer Noire, appelée par euphémisme en grec "Pont Euxin (la mer accueillante)". Il s'agit bien de géographie mythologique, car aucun scientifique n'a retrouvé l'existence de ces falaises à proximité du Bosphore. Elles avaient la réputation de "s'entrechoquer" constamment, d'où leur nom de Symplégades (d'après l'étymologie "celles qui s'entrechoquent"). Elles sont également appelées "les îles Cyanées" (les "roches bleues"), "roches vacillantes" ou "planktes". Les poètes Apollonios de Rhodes et Valérius Flaccus emploient l'appellation d' "îles Cyanées". Leurs mouvements incessants interdisaient la navigation. Aussi Jason, à bord de la nef Argo, dut-il recourir à une ruse pour pouvoir passer. Il envoya une colombe et lança la nef immédiatement après, afin de profiter du temps nécessaire à la remise en place des roches. En envoyant Jason à la conquête de la Toison d'or, Pélias espérait que les Argonautes ne franchiraient pas les roches Cyanées.
Pièces jointes
Carte du Bosphore.jpg
Carte du Bosphore. A l'extrémité nord, il faut imaginer les deux falaises ou roches Cyanées.
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La géographie réelle: la Thessalie et la Colchide

Messagepar Kostas » 22 Décembre 2010, 23:19

Concernant la géographie réelle, il faut connaître aussi bien Iolcos, la cité d'Eson et Pélias, en Thessalie, et le royaume d'Eétès, en Colchide, que l'itinéraire des Argonautes pour l'aller et le retour.
Sur la carte de la Grèce antique (au VIIe siècle avant J.-C.), on repère la Béotie, où régnait Athamas, père de Phrixos et Hellê, au Nord-Ouest de l'Attique, et la Thessalie, contrée du Nord de la Grèce, aux confins de la Macédoine. On repère également, aux portes de l'Asie Mineure, les deux détroits, l'Hellespont et le Bosphore.
La carte de la Thessalie permet de localiser plus précisément la cité d'Iolcos, patrie de Jason, à proximité de la ville actuelle de Volos, au pied du mont Pélion. D'après la mythologie, Iolcos fut fondée par Créthée, Eson et grand-père de Jason. Eson aurait donc dû hériter du royaume. Mais Créthée avait adopté Nélée et Pélias, les deux enfants que son épouse, la nymphe Tyro, avait eus de Poséidon avant son mariage. A la mort de Créthée, Pélias s'empara du trône, en usurpant le pouvoir.
Quant au royaume de Colchide, il se situe sur la côte orientale de la mer Noire (Pont-Euxin). Dans la mythologie, c'est le royaume d'Eétès, père de Médée et détenteur de la Toison d'or. C'est donc le pays où veulent se rendre les Argonautes pour conquérir l'objet tant convoité. Ce royaume correspond à une partie de la Géorgie actuelle et à la région turque de Trabzon (Trapézonte dans l'Antiquité). La Colchide est délimitée par les montagnes du Caucase et par l'Arménie. Elle est traversée par le Phase (la rivière s'appelle aujourd'hui Rioni).
Pièces jointes
Carte de la Grèce antique au VIIe siècle avant J.-C..jpg
Carte de la Grèce antique (au VIIe siècle avant J.-C.)
Carte des régions de la Grèce.png
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Carte de la Thessalie en relief.jpg
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